-Bella, murmurait une voix d'archange, ne serait-il pas mieux que tu te lèves avant qu'Alice ne vienne s'en occuper personnellement?
Quelque chose de glacé frôla le creux de mon oreille, accompagné d'un souffle frais et sucré. Je sentis les coins de ma bouche se relèver par habitude lorsqu'il me chatouilla. Il ricana silencieusement. J'ouvris mes yeux avec hâte de revoir son visage. Je ne fus pas déçue. Deux prunelles dorées m'examinèrent avec malice.
-Dis-donc, c'est pas trop tôt, rigola Edward.
Je me relevais en gémissant. Je me trouvais dans la chambre d'Edward. Alice avait insisté pour me loger dans la villa des Cullen, et elle avait même persuadé Charlie. Celui-ci, ayant pris la nouvelle du mariage avec un choc, avait finalement cédé. Il n'avait toujours pas confiance en Edward, donc il préférait que je reste chez les Cullen, vu qu'Edward était là ou moi, j'étais. Moi, de mon côté, je n'aimais pas trop passer mes nuits sous l'immense édredon doré... Sauf s'il y avait Edward pour me tenir compagnie.
J'attrapai ma trousse de toilette et mes habits pour aller me changer.
Lorsque j'étais habillé, Edward m'attendit dans la chambre, sur son divan en cuir noir. Je m'installai contre son torse de pierre.
-Qu'allons-nous faire aujourd'hui? m'enquis-je.
-Alice prévoit qu'il va faire beau donc je propose qu'on pourrait aller à la clairière, si tu en as envie.
Je grimaçai. J'aimais beaucoup cette partie du bois parfaitement ronde, tapissée de fleurs... Mais depuis que j'y ai frôlé la mort, l'endroit ne me semblait pas appropié pour une "journée joyeuse". Cet endroit hantait encore mes cauchemars mais aussi mes plus beaux rêves. Au final, j'y ai passé ma plus belle journée depuis mon arrivée à Forks. Certes, chaque journée en compagnie d'Edward est aussi précieuse et aussi belle que celle-là, mais ce Samedi reste le premier jour de mon bonheur.
-D'accord, agréai-je après quelques hésitations, allons à cet endroit.
-Si tu ne veux pas, je comprendrais, Bella...
-Non, non, non! répliquais-je, j'ai vraiment envie d'y aller. Et ça fait un bon moment que je me suis promenée...
Edward glissa son nez contre l'arête de ma mâchoire en inspirant à grands coups. Je me concentrais sur ma respiration au lieu de me laisser aller, mais je ne pus résister. Ses lèvres frôlèrent les miennes, caressantes, puis s'entrouvrirent, laissant échapper l'odeur sucrée que j'aimais tant. Je résistai à l'envie de me pencher en avant et d'inhaler, et d'avoir l'air d'une idiote par la même occasion. La main d'Edward caressa mon bras en remontant jusque dans mon cou et en tirant mon visage à quelques millimètres du sien. Je m'autorisai à entremêler mes doigts dans ses cheveux cuivres, l'embrassant avec vigueur, oubliant que je devais respirer.
Edward se détacha de notre étreinte et soupira, ses yeux or liquide en fusion.
-Respire, Bella, me rappela-t-il.
J'inspirai, ce qui me fît grand bien.
Edward attrappa mes doigts, les mêlants aux siens.
-Tu viens? chuchota-t-il.
Il m'attira contre lui, en posant une main sur mes reins, me guidant hors de la chambre.
En bas des escaliers, Esmé me salua de la main avant de se rendre dans le salon.
Nous la suivîmes afin de prévenir Carlisle de notre petite sortie.
-Amusez-vous bien, les enfants! nous souhaita-t-il.
Bien sûr, nous ne pûmes échapper à Alice, qui me supplia presque de me coiffer.
-S'il te plaît, Bella! Avoue-le, si tu laisse tes cheveux lâchés, ils s'emmêleront!
Je la laissai me faire une queue de cheval, ne voulant la vexer. Elle sera bientôt ma belle-soeur, après tout...
Quand nous étions finalement dans la Volvo, je soupirai.
-Enfin seuls! devina Edward.
Il se pencha et m'embrassa. Puis il démarra au quart de tour en fonçant sur l'allée à 100km/h.
Il s'arrêta devant le sentier de promenade.
-Veux-tu faire les 10 bornes à pied en profitant du paysage ou préfèrerais-tu être à la clairière au plus vite? me demanda-t-il poliment.
-Comme je n'ai pas envie de faire un tour aux urgences, j'opte pour la seconde option!
Sur ce, il m'attrapa par le bras et me balança sur son dos de granit. Bien que cela semble inconfortable et froid, je le préférais au-dessus de tout coussin chaud et douillet.
J'enfouis mon visage dans son épaule pour m'empêcher d'avoir la nausée une fois arrivés.
-Prête?
-Je crois, répondis-je d'une voix étouffée.
Rien ne sembla se passer. Je ne sentais que le vent dans mes cheveux, et je fus tenté par la curiosité de vérifier s'il se déplaçait réellement. Mais je me retins...
-Et nous voilà arrivés à destination!
Je relevai la tête. La clairière était plus belle que dans mes rêves, et elle était uniquement tapissée de fleurs blanches. Sa forme parfaitement ronde donnait l'impression de se trouver dans une tour. Le murmure du ruisseau non loin de là et les gazouillis des oiseaux rendaient le spectacles encore plus magnifique. Rien de cela n'était présent dans mes rêves et cauchemars. La lumière, aujourd'hui ensoleillé et jaune, apparaissait grise et sombre comme si un immense orage se préparait. Il m'est arrivé aussi de voir ce rêve en noir et blanc. Rien de ce feuillage qui couvrait toute la palette des verts, ni les fleurs blanches aux légères nuances crème, rose, et violet. J'avais une forte impression de déjà-vu. Il y avait deux ans, la clairière avait ressemblée exactement à ce qui se présentait aujourd'hui, sauf qu'à cette époque, j'avais un mystère à résoudre: que se passait-il lorsqu'un vampire se mettait en plein soleil? J'observais Edward, qui était allongé entre les fleurs, paupières closes, chemise en un petit tas à côté de lui. Sa peau dégageait des rayons multicolores, reflets du soleil. Les rayons de soleil ricochaient contre son torse comme ils le faisaient sur un millions de minuscules diamants. J'allai m'installer contre lui.
-À quoi penses-tu? m'enquis-je, cependant pas sûre si je voulais connaître la réponse.
-À notre mariage, répondit-il avec un sourire en coin. Et à notre vie d'après, si on peut appeler ça une vie.
Je roulai des yeux.
-Tu ne renonceras donc jamais au fait que tu as une âme comme tout les êtres vivants? m'emportais-je.
-Nous ne sommes pas des êtres vivants, Bella...murmura-t-il. Regarde-moi, un être vivant ne pourrait retenir sa respiration indéfiniment. Un être vivant doit respirer pour vivre. Un être vivant a un coeur qui bat. (Il prit ma main et la plaça sur son torse, au niveau de son coeur) Or, cela fait un siècle que le mien s'est arrêté...
Ses yeux d'or liquide fixèrent les miens, exprimant un chagrin insondable.
-En quelque sorte nous sommes des morts-vivants.
Je méditais un instant.
-Mais vous vous nourrissez bien. Voilà une chose dont les êtres vivants ne peuvent pas s'en passer non plus.
-Nous ne mangeons pas pour nous nourrir, Bella, mais pour satisfaire la soif qui règne en nous. C'est un désir, pas une nécessité.
Sa voix était triste. Il baissa la tête.
-Comprends-tu mon point de vue, maintenant? chuchota-t-il. Je ne crois pas que le Paradis n'existe pas pour nous parce qu'on est des monstres, parce qu'on boit du sang, mais parce que je crois qu'on est déjà morts. Notre âme nous a quitté pour aller en Enfer ou au Paradis. Nous avons déjà reçu notre Salut, mais notre corps et nos souvenirs sont restés derrière, guidés par le venin qui a remplacé le sang de nos veines...
J'ouvris la bouche puis la referma. Jamais je ne l'avais regardé de ce point de vue. Il avait raison. Je le savais.
-Si tu ne veux plus de moi, murmura-t-il, parce que tu es fiancée à un mort-vivant, je comprendrais...
Des larmes de colère montèrent dans mes yeux.
-Ne sois pas idiot! fulminais-je. Tu sais bien que je ne pourrais jamais te laisser tomber! J'ai besoin de toi...
-Je le sais en effet, répondit-il en m'attirant contre lui, mais le jour où tu te rendras compte que tu seras mieux avec le clébard, que tu seras en sécurité dans leur meute, tu ne diras plus la même chose...
Il avait remit le sujet de ma sécurité sur la table.
-Non, je ne veux pas que tu penses ça! Jamais je ne pourrais vivre avec Jacob!
Seule la deuxième partie de cette phrase était un mensonge. Je pourrais vivre avec Jake, sans aucun problème, même... Mais je ne pouvais pas me passer de la compagnie d'Edward, elle m'était indispensable...
Les larmes trempèrent mes joues et le torse d'Edward. Je m'agrippai à lui, cherchant du réconfort. Il comprit et caressa mes cheveux, fredonnant ma berceuse.
-Veux-tu vraiment rester toute l'éternité avec moi? m'inquiétai-je tout à coup. Ou en as-tu assez de moi?
Je me redressai pour déchiffrer son expression. Ses yeux s'adoucirent et un sourire apparût sur ses lèvres.
-Réfléchis, Bella. Tu crois vraiment que je pourrais vivre sans toi? Surtout jusqu'à l'éternité. Je ne tiendrais pas un mois sans toi!
Je me nichai à nouveau contre lui.
-Je t'aime, murmura-t-il.
-Moi aussi...
Nous restâmes ainsi jusqu'au soir.
De retour dans la Volvo, Edward patienta que je boucle ma ceinture.
-Je crois que je ferais mieux de te ramener chez Charlie, non?
-Oui, je penses...
En un quart d'heure, nous étions déjà dans la cour. La lumière sous le porche n'était pas allumé et la voiture de patrouille n'était pas là non plus.