Cheveux dans le vent, je jetais un dernier coup d'oeil à l'île que nous laissions derrière nous, une colonne de fumée s'échappant de là où il y avait la cabane avant... Je soupirais.
Le fait qu'Edward et moi étions maintenant "morts" était étrange. Je pensais à mon père et ma mère... Pauvre Charlie et Renée... Ils ne savaient pas ce que j'étais devenue. Et heureusement qu'ils le savaient pas. Ils ne m'auraient jamais crus, de toute façon. J'étais mariée à un vampire, qui m'avait transformé en une des leurs.
Edward vint perturber mes songes, embrassant le sommet de mon crâne.
-Je vois que tu es perdue dans tes pensées, rigola-t-il.
Je soupirais.
-Oui, en effet...
Il se plaça derrière moi, et contempla la mer par-dessus mon épaule.
Le voyage jusqu'à l'aéroport fut court. C'était un moment risqué, car c'était la première fois que je m'approchais des humains. Et bizarrement, cela était beaucoup plus facile que nous l'avions cru. L'odeur du sang humain me plaisait beaucoup moins que l'odeur de celui de la panthère sur l'île.
-Peut-être que ta réaction au sang lorsque t'étais humaine t'a rendue comme cela, déclara Carlisle.
Je pouvais voir qu'Edward était soulagé en entendant cela.
Je l'avais morigéné d'avoir acheter des places première classe, bien sûr, une fois dans l'avion...
-Tout ce qui m'appartient, t'appartient aussi, mon amour, avait-il répondu avec un sourire moqueur sur les lèvres.
Nous étions côte à côte, Alice et Carlisle dans les places derrière nous.
Le vol fût rapide. Nous étions en Alaska, et nous nous rendons à notre nouvelle demeure, encore avant le crépuscule. C'était quelque chose que je ne réalisais pas, je crois... J'étais un peu stressée, je devais l'avouer...
Nous suivîmes la route jusqu'à un chemin boueux que nous parcourûmes afin d'atteindre un bâtiment gigantesque. L'endroit était éclairé avec des lanternes qu'on trouverait normalement dans les rues de l'ancienne Londres. Les murs étaient blancs, comme à Forks. D'immenses fenêtres s'étalaient un peu partout sur ces murs, sans donner vue aux chambres pour autant. Edward me mena vers une porte d'entrée en bois massif qu'il ouvrit. Le couloir qui s'ouvrait à moi, était immense lui aussi. Le plafond était haut, et sur les murs, il y avait du papier peint aux rayures larges blanches et grises. Devant moi, il y avait un escalier, blanc, avec la rambarde en fer forgé. C'était magnifique, bien que se soit trop luxueux à mon goût. Edward déposa les valises au pied de l'escalier.
-Je crois que les autres sont impatients de te voir, me dit-il, en me gratifiant de son sourire en coin.
En effet, Emmett ne tarda pas à débarquer dans le couloir. Il s'arrêta net en m'apercevant. Son expression ébahi me fit rire.
-Wow, Bella, t'es sexy! lança-t-il en rigolant de bon coeur.
Edward gronda.
-Je suis la seule personne ayant le droit de dire cela à Bella, dit-il à son frère, un sourire narquois sur les lèvres.
-Du calme, Eddy...
Il s'avança vers moi, et m'enlaça dans une de ses étreintes d'ours...que je lui rendis avec ma force de nouvelle-née.
-Ouille, Bella! Faut que tu fasses attention, tu contrôles plus tes forces! se moqua-t-il, en se frottant discrètement le torse néanmoins.
Edward pouffa.
Esmé et Rosalie entrèrent elles aussi.
Toutes les deux m'étreignirent dès qu'elles m'aperçurent, disant que j'avais tellement changée, et posant des tonnes de questions en même temps. Rosalie avait apparemment abandonné la lutte contre mon choix car elle semblait vraiment m'accepter. Jasper, qui s'était faufilé silencieusement à mes côtes, semblait heureux lui aussi. Cela devait être beaucoup plus simple pour lui, maintenant que l'odeur de mon sang avait disparu.
Carlisle apparut alors avec les dernières valises, Alice sur ses trousses.
Il se posta près d'Esmé, l'embrassant légèrement sur les lèvres avant de se tourner vers nous.
-Alors, comme vous voyez, notre Bella est beaucoup moins vulnérable maintenant...
Emmett ricana.
-Et on a déjà trouvé son don, très pratique...
Alice réprima un sourire. Elle a dû se rappeler l'image de Jane s'étalant dans le sable.
-...qui consiste à rendre d'autres gens maladroits...
Alice ne retint plus son rire tout à coup. Elle s'arrêta net en apercevant nos visages qui avaient sûrement un air de "elle-est-complètement-tarée-mieux-vaut-pas-trop-s'approcher". Elle baissa les yeux, honteuse. Edward étouffa son rire, lui aussi. Il avait sûrement vu la scène de Jane dans l'esprit de sa soeur...
-Bella est aussi insensible au sang humain, donc nous n'avons pas besoin de craindre une quelconque attaque de sa part, continua Carlisle, imperturbable.
-Elle n'a aucune envie de boire le sang des gens? s'offusqua Jasper.
Cela devait être terriblement dur pour lui en ce moment. Il avait espéré que ma transformation entraînerait des problèmes de comportement de ma part, faisant en sorte qu'il n'était plus le plus faible d'entre eux. Mais il restera donc le plus fragile de tous. Je lui effleurais l'épaule, lui lançant un sourire de pardon. Il baissa la tête, un peu déçu.
-Bien, décréta Alice, allons visiter la maison.
Elle me prit par le bras et nous entrâmes dans le salon. Elle me montra ensuite la cuisine et la salle à manger - inutiles - puis me ramena dans le salon. Il y avait le même papier peint dans toutes ces pièces, et partout, c'était aussi luxueux. Dans le salon, je retrouvais le même canapé en cuir noir, et sur une estrade, le piano d'Edward. Dans une splendide cheminée, un feu crépitait joyeusement. Inutile...
Nous parlâmes encore un peu, avec tout le monde à propos de ma première partie de chasse et de la visite d'Aro. Edward décida alors qu'il était temps de visiter la chambre pour ranger les affaires. Il passa son bras autour de ma taille, et me guida jusqu'à, désormais, notre chambre. Il ouvrit la porte et je découvris la magnifique chambre. Encore une fois, les murs étaient rayés. Je reconnaissais immédiatement le canapé noir et le lit de Forks.
-Comment se fait-il qu'il soit ici? m'exclamai-je en apercevant mon rocking chair de Forks.
-Alice en a racheté un et a remplacé celui-ci dans ta chambre à Forks avant que nous étions même partis, sourit Edward.
Tout le mur droit était couvert d'étagères peu profondes, et vides. Devant, des cartons étaient entassés.
-Je préfère ranger mes CD moi-même, m'expliqua mon amoureux.
J'aperçus une poignée sur le mur, et découvris que c'était une porte se fondant dans le mur. Je l'ouvris et poussa un cri. C'était une salle de bain... Plutôt un centre de relaxation privé. Une baignoire dans laquelle on pouvait presque nager, une douche avec des jets venant de tout côtés, et une espèce de chambre tout en bois. Un sauna... Avions-nous, les vampires, besoin d'un sauna? C'était magnifique, je devais l'avouer... Le sol était de marbre, blanc, et un immense miroir couvrait toute la largeur de la pièce, rendant la scène encore plus irréelle.
Je ressorti un peu décontenancée, et alla m'asseoir dans le rocking chair, me balançant doucement.
Je réfléchis un peu à ma situation, dans cette maison trop luxe, en Alaska, étant vampire mais avec ma famille...
-Oh! m'écriais-je lorsque je me rendis compte d'un détail.
-Qu'y a-t-il, Bella? s'enquit mon époux.
-Carlisle est bien ton père, non?
-Non, mais il est mon créateur... On pourrait donc dire que c'est mon père, oui...
-Alors, toi... Tu es mon père? dis-je en souriant à l'idée.
-Euh... Je n'y avais pas songé mais je suppose que oui... en quelque sorte...
Je méditais un instant.
-Et bien, pour moi tu seras toujours celui que j'aime le plus au monde, père ou époux, lui répondis-je en me relevant.
-Et pour moi tu seras toujours celle à qui appartient mon coeur, fille ou épouse.
Il m'embrassa tendrement. Il fut le premier à s'arrêter.
-Te rappelles-tu que je t'avais demandé de défier Emmett à un bras de fer une fois transformée? me demanda-t-il, malicieux.
-Non, pas vraiment...
-Et bien, sur ce, je te le demande...
-OK...
-Ne t'inquiètes pas, tu es la plus forte... C'est ce qui a fait tant rire Alice, tout à l'heure...
-Je me demandais aussi ce qu'elle avait...
Je sortis de la chambre, suivi d'Edward. Nous croisâmes Rosalie dans le couloir.
-Rosalie?
-Oui, Bella? dit-elle de sa voix mélodieuse en se retournant.
-Peux-tu appeler Emmett et lui dire que je le défie à un bras de fer? C'est un pari que je tiens avec Edward...
-Bien sûr, je lui dirais de te rejoindre dans la salle à manger...
-Merci, Rosalie.
-Avec plaisir.
Sur ce, elle s'en alla en souriant.
Nous descendîmes dans la salle à manger. J'avais oublié l'ouïe ultrasensible des vampires et découvris donc toute la famille déjà installée, Alice toujours retenant son rire. Emmett était assis sur une chaise, complètement sûr de lui. Je m'assis face à lui et lui prit la main qu'il avait déjà posé...
-Alors, Edward? dit-il à mon amoureux, en levant les yeux. Tu penses vraiment que ta femme pourrait me battre?
Edward ne répondit pas, se contentant de sourire.
Alice posa sa main sur les nôtres.
-Prêts? demanda-t-elle. Que le jeu commence!
Elle ôta sa main et je mis toute ma force pour plaquer la main d'Emmett contre la table. Mais je n'arrivais pas à la bouger... Ni lui, d'ailleurs... Nous étions à forces égales. Je savais que je ne perdrai pas ma force, lui non plus... Il ne restait qu'une solution... La ruse...
La chaise d'Emmett se cassa tout à coup. Il fut déconcentré et je plaquai sa main contre la table dans un bruit assourdissant. Je me relevais et poussa un cri de victoire. Les autres explosèrent de rire.
-Nom d'un chien, Bella! T'as eu de la chance! me lança Emmett, assis au sol, entre les débris de la chaise.
-Pas de la chance, grand frère, mais de la ruse...
Rosalie s'accroupit près du grand costaud, et l'embrassa doucement sur la joue.
-Allons, chéri, tu retenteras ta chance une autre fois...
Elle ricana.
-Bon d'accord, mais attention à toi, Bella, dans un an...
-Oui, Emmett, dans un an...
